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République Dominicaine : retour aux sources de l’Eden

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Dans la péninsule de Samaná, loin du bétonnage outrancier de Punta Cana et des millions de touristes happés par ses offres «all inclusive», les Dominicains viennent retrouver à Las Terrenas la version originelle de leur île. Plages sauvages, lagunes et mangroves composent une marine sur fond de collines inondées de cascades qu’auraient déjà pu peindre les Taïnos à l’époque de leur arrivée sur l’île, il y a plus de mille ans…

Pour ces Amérindiens, la République dominicaine est alors Quisqueya, «la mère de toutes les terres». Au cours des siècles, dérivant vers l’est, l’île perd nombre de ses plantes et animaux d’origine, mais des spécimens nouveaux s’y développent, parmi lesquels subsistent aujourd’hui plus de 300 espèces d’oiseaux et 300 variétés d’orchidées. Au milieu de cette nature luxuriante, composée essentiellement de forêts humides et sèches subtropicales, les Taïnos vivent de maïs et de manioc, modèlent la terre, tissent le coton et, dans une moindre mesure, chassent et pêchent. Lorsque les cyclones se déchaînent, ils se réfugient dans d’immenses cavernes.

Dans la baie de Samaná, le Parc national de Los Haitises en cache 135, dont 3 sont accessibles aux visiteurs. Dès l’entrée, celle de San Gabriel donne l’impression de faire un pas de géant dans la nuit des temps. Entre des salles obscures garnies de stalactites et de stalagmites, des racines de palétuviers dégringolant dans le vide, un visage de Taïno – précieux pétroglyphe – sommairement protégé, les images se bousculent et le silence saisit. A l’extérieur, sous un soleil ardent, le vent du nord forme la houle et rend périlleux les abords des mogotes – petites collines calcaires séparées par des ravins – et des 49 îlots couverts de cactus et de mangrove aux multiples couleurs. Par temps brumeux, ces rochers dans la mer ne sont pas sans évoquer la baie d’Along, au Vietnam. Dans les eaux troublées par les sédiments du fleuve Yuna, sous le vol de pélicans bruns et de frégates superbes, des pêcheurs embarqués sur de fragiles yoles lancent leurs filets dans l’espoir d’une prise miraculeuse…

A quelques milles nautiques de là, la presqu’île de Samaná abrite depuis 1986 un sanctuaire des mammifères marins. De la mi-janvier à la mi-mars, des touristes du monde entier viennent y observer l’une des plus grandes concentrations de baleines à bosse. Celles-ci viennent s’y accoupler, mettre bas, allaiter leurs baleineaux avant de reprendre leur pérégrination vers les eaux froides de l’Atlantique nord. De ces Léviathan, les visiteurs chanceux gardent en mémoire un plongeon dans les profondeurs, une remontée en spirale, un souffle d’air et un jaillissement hors de l’eau. Un show grandeur nature.

Depuis le village de pêcheurs de Las Galeras, les adeptes de la plage gagnent en bateau celle de Frontón classée parmi les plus belles au monde. Dans ses eaux, le poisson ange royal et la demoiselle bleue ondulent. Sur son étendue de sable blanc, des hédonistes passent une nuit au clair de lune… avec pour seuls compagnons des crabes nonchalants.

En débarquant, le 6 décembre 1492, un dimanche (domenica en italien), Christophe Colomb le Génois s’imagine-t-il être le premier Européen à fouler l’île de la future République dominicaine, lors de sa première expédition vers les Indes? Une certitude, il fonde sur celle qu’il appelle Hispaniola (au nom des souverains espagnols, ses commanditaires) la première colonie du Nouveau Monde! Près de 500 ans plus tard, en 1945 précisément, le gouvernement dominicain colonise, lui, l’île Saona, sa plus grande possession de la mer des Caraïbes. Sur 110 kilomètres carrés, hommes et femmes vivent aujourd’hui dans des maisonnettes peintes à la chaux, alignées en rangs serrés sur la plage de Mano Juan. Les marées leur apportent des lambis, des poulpes, des langoustes… et des touristes débarqués pour un barbecue sous les palmiers. A peine les visiteurs repartis, l’île rocheuse du sud-est retrouve calme et unicité. Entre l’éclat des roses de Bayahibe ou des trompettes des anges, fragiles fleurs, et les facéties des flamants roses et autres lamantins. A quelques encablures, dans les eaux cristallines de piscines naturelles protégées par des barrières de corail, ses habitants soulèvent, quelques instants, des étoiles de mer géantes posées là comme un don des dieux.

Les barques tanguent dans le petit port du village, les familles se promènent dans un jardin promontoire, des couples dansent sur des airs populaires de merengue et de bachata, et des marchands ambulants vendent la poupée Limé, une figurine au visage sans traits, symbole d’histoires, de communautés, de cultures, de couleurs, de rythmes et de saveurs métissés. «¡ Qué bueno es mi país y dulce!» Qu’il est bon et doux mon pays, susurre Digna en pressant un fruit de la passion à l’ombre des cocotiers courbés vers la mer dans une ultime révérence à «la mère de toutes les terres».